Faire équipage

Résidence artistique de Marine Duval, alias Misha Golebska, dans le cadre de la Route du Rhum et de l'exposition COEF 180.

C'est lors d'un séminaire à l’École de l'Exploration de Saint-Malo que débute le projet de Misha Golebska : les 6 et 7 octobre 2022, "L'avenir du transport maritime : mettre les voiles pour la planète" réunit professionnels et amateurs, passionnés ou curieux de la voile et du monde marin. Parmi eux se trouve Jeanne Mérindol, chercheuse en bioacoustique marine à l'Université du Québec à Rimouski. Ses travaux sur l'impact sonore du transport maritime et ses répercussions sur la vie aquatique seront le point de départ du projet "faire équipage", dont l'intention est de visibiliser ces enjeux insoupçonnés de l'activité humaine.

D'abord inspirée par les motifs et les couleurs des spectrogrammes des hydrophones, l'artiste est contrainte par le temps de s'orienter vers un projet plus minimaliste. En effet,  le départ de la Route du Rhum approche, et l'occasion est trop belle pour la laisser passer. Alors que la cité corsaire est au cœur d'une attention et d'une affluence toutes particulières, l'idée germe de profiter de la course pour exposer son projet. Misha Golebska est ainsi accueillie en résidence par COEF 180 lors de son exposition sur la friche Alstom. Ce lieu typique de l'histoire maritime de la ville lui permet non seulement de profiter d'un espace d'atelier au sein de l'effervescence créative de l'association, mais également une proximité avec le village du Rhum. Là bas, elle va voir les skippers et leur propose d'embarquer avec eux des drapeaux qu'elle confectionne et qui portent des messages du monde marin: "entends-tu ce bruit?", "écoutez l'océan", "droit au silence", "nous sommes la mer", ou encore "faire équipage", un titre de série qui nous invite à faire corps avec les cétacés. 12 drapeaux en tout, réalisés selon la technique photosensible du cyanotype ou par transfert d'images. Par un rendu bleu qui évoque la mer, ces drapeaux mêlent les éléments de l'eau, du vent et du soleil.

Ici, la forme rejoint le fond en associant cette mise en lumière d'un "droit au silence" pour les fonds marins à une sobriété artistique: alors que la course est aussi celle des sponsors et du spectaculaire, les designs de Misha Golebska sont neutres et minimalistes, pensés pour se fondre parmi les fanions des bateaux. Confectionnés localement et le plus léger possible, ses drapeaux cherchent eux aussi à faire équipage, ou du moins faire équipement, et accompagner les navigateurs dans leur traversé de l'Atlantique. Malgré l'envergure de l'évènement, on trouve ici la volonté de défendre la navigation comme un lieu d'innovations, où des pratiques raisonnées et respectueuses des environnements traversés restent possibles , à l'image de ces tissus à la fois militants et passe-partout.

L'équipage, c'est aussi celui  du lien qui se crée entre la recherche, les skippers et les artistes, tous mus par une soif de découverte du monde et un goût pour l'expérimentation. L'artiste pose ainsi un regard socio-politique sur cette résidence en marge de la Route du Rhum, en se questionnant sur les connivences qui existe entre ces différentes professions et activités dont la pérennité dépend d'une recherche constante de soutiens financiers et d'opportunités de pratiques.

​​

Une fois revenus de leur périple, les drapeaux seront vendus aux profit de différentes associations de sensibilisation et de protection marine : Children for the Ocean, le Fond International de la Protection des Animaux (IFAW) et l’École de l'Exploration.